Le syndrome de Mills est une forme exceptionnelle et atypique d’atteinte du motoneurone, souvent considérée comme une variante de la sclérose latérale primitive (SLP), elle-même cousine de la sclérose latérale amyotrophique (SLA). Il se distingue par une paralysie progressive et asymétrique, touchant un seul côté du corps (hémicorps).
Ce tableau clinique rare a été décrit pour la première fois en 1899 par le neurologue américain Charles K. Mills, qui observait chez certains patients une hémiparésie spastique lente, sans perte de sensibilité, ni atteinte sensorielle évidente. Encore aujourd’hui, le syndrome de Mills demeure difficile à diagnostiquer et largement méconnu, même parmi les professionnels.
Une atteinte asymétrique et progressive
Contrairement à la SLA classique, qui touche de manière diffuse les membres des deux côtés du corps, le syndrome de Mills débute et progresse de façon unilatérale : bras, jambe, voire hémiface du même côté. La progression peut être ascendante (jambe puis bras) ou descendante (bras puis jambe), ce qui désoriente parfois les cliniciens.
Les principaux signes cliniques sont :
- Une spasticité unilatérale, accompagnée d’une hypertonie musculaire,
- Des réflexes ostéotendineux exagérés (hyperréflexie),
- Une faiblesse musculaire asymétrique,
- Une absence de troubles sensitifs dans la majorité des cas, bien qu’une hypersensibilité (hyperesthésie) soit parfois décrite.
La marche devient progressivement difficile d’un seul côté, les gestes fins s’altèrent, et une faiblesse faciale du même côté peut survenir dans les formes évoluées. Il s’agit d’une maladie à évolution lente, mais insidieuse.
Un trouble du motoneurone supérieur
Le syndrome de Mills touche préférentiellement les neurones moteurs supérieurs (NMS), situés dans le cortex moteur. Ces neurones sont essentiels à la transmission du signal nerveux volontaire depuis le cerveau vers la moelle épinière. Dans cette affection, on ne retrouve généralement pas d’atteinte des neurones moteurs inférieurs, ce qui le différencie des formes typiques de SLA.
Cette spécificité le rapproche davantage de la sclérose latérale primitive (SLP), mais dans une version localisée et asymétrique. Certains chercheurs le qualifient d’hémi-SLP, bien que cette entité ne fasse pas encore l’objet d’un consensus.
Un diagnostic d’élimination, souvent tardif
Le diagnostic du syndrome de Mills repose sur l’exclusion d’autres pathologies. C’est un diagnostic différentiel, posé souvent après plusieurs mois, voire années, d’observation.
Il inclut :
- Un examen neurologique clinique complet,
- Une IRM cérébrale et médullaire pour éliminer des lésions focales (AVC, tumeur, SEP…),
- Un électromyogramme (EMG) montrant une atteinte du motoneurone supérieur sans signes de dénervation active,
- Parfois un PET-scan, qui peut révéler une hyperactivité localisée dans le cortex moteur controlatéral,
- Une analyse génétique, pour éliminer certaines formes héréditaires.
En raison de sa rareté et de sa lenteur évolutive, le diagnostic est souvent posé tardivement, ce qui peut retarder la prise en charge adaptée.
Une forme qui interroge les frontières nosologiques
Ce syndrome soulève encore de nombreuses questions. Est-il une forme isolée ? Une forme débutante d’une SLA ou d’une SLP plus classique ? Une entité nosologique autonome ? Les études en cours tentent de mieux définir ses contours, d’autant que certains cas ont montré une évolution vers une SLA classique après plusieurs années.
Prise en charge et qualité de vie
Bien qu’aucun traitement curatif spécifique ne soit disponible à ce jour, la prise en charge du syndrome de Mills repose sur une approche symptomatique et pluridisciplinaire, comme dans les autres maladies du motoneurone :
- Rééducation physique pour préserver la mobilité,
- Orthèses et aides techniques pour compenser les déficits unilatéraux,
- Traitement de la spasticité (baclofène, kinésithérapie),
- Soutien psychologique et social.
Comme pour toute maladie rare, le soutien du réseau familial et l’accompagnement par des équipes expertes sont essentiels.
Le syndrome de Mills nous rappelle l’extrême diversité des formes d’atteinte du motoneurone. En approfondissant ces formes rares, la recherche permet aussi de mieux comprendre les mécanismes communs à toutes les maladies neurodégénératives. L’ARSLA soutient activement ces travaux.